CÔTE D'IVOIRE/ Pression sur les caisses de l’État : « Impossible de continuer à payer les mutins, les Éléphants n’ont pas reçu 4 milliards, la situation est intenable »

Par L’Eléphant déchaîné - CÔTE D'IVOIRE. Pression sur les caisses de l’État « Impossible de continuer à payer les mutins, les Éléphants n’ont pas reçu 4 milliards, la situation est intenable ».

En politique, il est toujours moins fatiguant de dire la vérité. Et la vérité en ce moment en Côte d’Ivoire est que, malgré les apparences, les caisses de l’Etat sont vides. Face à la pression sociale et à l’insensée promesse de versement de douze millions de FCFA à des mutins qui ne méritent absolument pas cette somme, il ne reste plus au chef de l’Etat qu’à faire une seule chose: dire la vérité aux Ivoiriens et, principalement, aux fonctionnaires.

UNE PETITE BOUFFEE D’OXYGENE VENUE DES «ELEPHANTS » FOOTBALLEURS

Combien le gouvernement a-t-il décaissé pour la participation de l’équipe nationale de football, à la CAN au Gabon? Le montant qui a couru les rues et les journaux, est de 4 milliards de FCFA, sur la base d’un budget présenté par la Fédération Ivoirienne de Football (FIF).
Montant prenant en compte la préparation, la participation à la compétition jusqu’à la finale, l’hébergement et autres « joyeuseries ».

Mais, au grand bonheur des caisses de l’Etat, les footballeurs ont fait le service minimum en se faisant courageusement sortir au premier tour. Car, entre temps, de petits malins détenant des armes du côté de Bouaké, avaient fait le coup de feu et, sous la menace des armes, avaient obtenu du ministre auprès du président de la République chargé de la Défense, la signature d’un document au contenu absolument insupportable pour les caisses de l’Etat. Alors que le chef de l’Etat, selon les informations de «L’Eléphant », était absolument opposé au paiement d’un montant de douze millions qui ne reposaient sur rien du tout. Aussi, l’élimination des « Eléphants », devant l’ampleur des montants à verser aux « mutins », a été ressentie comme un léger soulagement pour les caisses de l’Etat. De retour au pays, toutes les factures présentées par les responsables de la Fédération de football n’ont pas connu de suite trébuchante. Sur 4 milliards, le gouvernement n’a décaissé qu’environ 1,3 milliard. Et, pas question de payer quoi que ce soit d’autre. Personne n’a protesté à voix haute. Quand on perd, on n’a pas assez de force pour revendiquer, surtout dans un contexte de grève des fonctionnaires, après le coup de feu des militaires.

IMPOSSIBLE DE PAYER LES MUTINS

Si le gouvernement a pu, au pas militaire, verser la somme de 5 millions aux mutins, lesquels sont en train d’acheter terrains et autres motos à tours de bras-assurés que chaque mois à compter de ce mois de février et ce, sur sept mois, ils recevront un million pour la suite, les choses vont être quelque peu compliquées.

Les caisses publiques ne pourront pas supporter, en plus des charges ordinaires, une dépense mensuelle non budgétisée, de 8,4 milliards de FCFA.

Surtout que, chacun le sait, cette affaire de 12 millions a créé de profonds sentiments d’injustices dans l’armée ainsi fragilisée et que, la meilleure chose à faire est de mettre fin à cette situation de prise en otage en brandissant à la face des uns et des autres, la triste réalité. Qui est que l’engagement lié au paiement de ces 12 millions est une belle erreur et que, à défaut de verser la même somme à tous les corps, l’Etat, non seulement n’a pas les moyens de payer le reste, mais en plus, ne peut se permettre, sous les yeux du peuple, d’entretenir durablement une injustice. Si ces mutins sont convaincus-comme ils le répètent à qui ne veut pas les croire-que ce sont eux qui ont guerroyé pour installer le régime, on ne voit pas en quoi faire le coup de feu pour faire tomber le même régime règle leur problème. D’autant plus que rien ne garantit que celui qui prendrait le pouvoir leur verserait à chacun, la somme de sept millions de FCFA. Sans compter les autres incertitudes liées à leur propre sécurité dans un environnement de violence.

LES STOCKS D’ARRIERES DUS AUX FONCTIONNAIRES NE PEUVENT ÊTRE PAYÉS

Les fonctionnaires, après trois semaines de grève, ont obtenu la satisfaction, dans des conditions chaotiques, de cinq revendications sur six. La seule revendication non satisfaite qui devrait faire l’objet, durant le mois de sursis accordé au gouvernement, est le paiement des stocks d’arriérés de primes et autres, d’un montant de près de 144 milliards de FCFA. Pour faire bonne mesure, le gouvernement et les syndicats ont déclaré que les discussions se poursuivent. Sauf que la réalité qui entoure ces discussions est triste. Selon les informations de « L’Eléphant » le gouvernement, en raison de la situation des caisses publiques, est face à un dilemme. Il peut payer les 144 milliards pour retrouver le sommeil. Mais cette décision aurait pour conséquence, l’absence totale d’investissement au cours de l’année 2017. Pas de construction de nouvelles salles de classes, pas de collèges de proximité, pas d’investissements dans les hôpitaux, pas de réhabilitation de routes, pas d’entretien dans les bâtiments occupés par les services de l’Etat, pas de réparation d’ascenseurs, pas de paiement d’un quelconque bail, pas de paiement de factures d’eau et d’électricité, etc. Les conséquences sociales d’une telle décision seraient dramatiques et irrattrapables sur plusieurs années. Que faire donc? Selon une source interrogée par « L’Eléphant », « il faut dire la vérité aux gens (fonctionnaires, ndlr). L’Etat ne peut pas payer ces 144 milliards, pas même en établissement un échéancier, ce serait une grave erreur. On ne peut plus vivre au-dessus de nos moyens, ça va déboucher sur une révolte sociale, parce que les entreprises du secteur privé ne pourront pas tenir le rythme de ce qu’il faut avoir le courage d’appeler le harcèlement fiscal. Tout le monde a besoin de souffler un peu. » Transmis aux fonctionnaires et au gouvernement.
Dire la vérité semble donc être la seule solution viable. Le président Ouattara devrait sans doute se souvenir des journées nationales du dialogue du président Houphouët-Boigny. Écouter les Ivoiriens, les laisser dire ce qui est sur leur cœur et trouver les mots pour les rassurer.
Il est temps que ce pays s’occupe aussi de ses enfants qui n’ont absolument rien.

ASSALÉ TIEMOKO, in L’Éléphant déchaîné n°517