Côte d’Ivoire - Uemoa – Bceao : LES SIGNES D’UNE AUTODESTRUCTION DE L’UEMOA

Le 14 février 2011 par Fraternité Matin - L’Uemoa, en voulant, coûte que coûte, étouffer financièrement la Côte d’Ivoire, et particulièrement le gouvernement formé par le Président Laurent Gbagbo, ne prépare-t-elle pas sa propre disparition certaine?

Le siège de la Bceao-Côte d'Ivoire.

Le 14 février 2011 par Fraternité Matin - L’Uemoa, en voulant, coûte que coûte, étouffer financièrement la Côte d’Ivoire, et particulièrement le gouvernement formé par le Président Laurent Gbagbo, ne prépare-t-elle pas sa propre disparition certaine?

Le cours des événements nous livrera certainement tôt ou tard, le verdict final. Mais à l’analyse des derniers développements, et surtout de l’attitude de la Bceao siège à l’égard du gouvernement formé le 6 décembre dernier par le Premier ministre Aké N’Gbo, l’on décèle une certaine volonté de pousser le leader économique de l’espace Uemoa qu’est la Côte d’Ivoire vers la sortie de la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Bceao). En voici les preuves : Institut d’émission de l’Union économique et monétaire ouest-faricaine, la Bceao a, depuis le 23 décembre 2010, pris un virage politique dangereux qui se confirme au fil des jours. Cette nouvelle option s’est amplifiée avec l’éviction (appelée élégamment démission sous contrainte) de l’ancien gouverneur de cette Banque, Philippe Henri Dacoury-Tabley, à l’issue de la 15ème session de la Conférence des Chefs d’Etat et de gouvernement tenue le 22 janvier dernier à Bamako, et la nomination en qualité de gouverneur par intérim de l’un des vice-gouverneurs, Jean-Baptiste Compaoré. Qui s’avère être, selon des informations dignes de foi, le cousin germain du Président burkinabé, Blaise Compaoré. Selon les usages en vigueur à la Bceao, n’ayant que deux années de vie professionnelle en qualité de vice-gouverneur, Jean-Baptiste Compaoré ne devrait pas se voir confier le poste de gouverneur par intérim au détriment du nigérien Gamatié qui est dans sa septième année de vice- gouvernorat à la Banque centrale. Pour des habitués de l’antre Bceao, c’est une entorse à la règle que de confier une telle responsabilité à un «novice». Or, lorsque Jean Konan Banny, alors gouverneur, avait été nommé Premier ministre en Côte d’Ivoire, c’était au plus ancien des vice- gouverneurs, en l’occurrence, le Burkinabé Barro, qu’était revenu la charge d’assurer le poste de gouverneur par intérim.
La Bceao aux ordres
Pourquoi a-t-on préféré celui qui a moins d’expérience à celui qui en cumule des années ? «C’est pour que celui-ci soit aux ordres», soutient mordicus un fin connaisseur de l’appareil de la Banque centrale. Et l’attitude du nouveau gouverneur par intérim corrobore, à l’évidence, cette réponse. Car, à peine ce gouverneur par intérim a-t-il été nommé au terme de la conférence des Chefs et de gouvernement, que le 23 janvier, il décidait de la fermeture des agences Bceao de Côte d’Ivoire. «C’est du jamais vu !», s’étonnent bien des observateurs et spécialistes des politiques monétaires et économiques de l’Uemoa. La suite est connue : le Président ivoirien a pris un décret de réquisition de l’Agence principale et des agences auxiliaires de la Côte d’Ivoire pour qu’elles continuent de travailler avec le Trésor ivoirien. Déterminée à asphyxier les finances publiques ivoiriennes, la Bceao Dakar décide de désactiver tout le système informatique permettant de faire les compensations des valeurs dans le système bancaire ivoirien et de suivre en temps réel l’état des ressources des banques nationales. Ce qui a, comme il fallait s’y attendre, perturber gravement le paiement des salaires, pensions et autres. Parce que la Bceao Côte d’Ivoire était obligée d’inviter les banques à accepter des compensations manuelles en attendant de trouver une solution durable à ce problème. Au siège même de la Bceao à Dakar, le directeur informatique, l’Ivoirien Horo, est révoqué par le gouverneur par intérim et mis à la disposition des ressources humaines. «Ce qui n’est pas une politique traditionnelle de la Banque centrale», regrette une source bien introduite dans l’institut d’émission.
Le courrier fâcheux
Dans sa volonté de mener la vie dure aux finances publiques ivoiriennes pour, dit-on, amener le Président Gbagbo à céder son fauteuil présidentiel, le vice- gouverneur burkinabé nommé gouverneur par intérim a décidé de jouer à fond la carte d’asphyxie financière. C’est ainsi qu’il a adressé, le 10 février dernier, un courrier intitulé «Communiqué à l’attention des établissements de crédit de l’Umoa» pour leur dire que « les agences Bceao de Côte d’Ivoire sont fermées depuis le 26 janvier 2011, sur l’ensemble du territoire de la République de Côte d’Ivoire jusqu’à nouvel ordre ». Et qu’en application des décisions du conseil des ministres de l’Uemoa prises en session extraordinaire du 23 décembre 2010 à Bissau et du 1er février 2011 à Dakar, et celles de la Conférence des Chefs d’Etat et de gouvernement de l’Uemoa du 22 janvier 2011 à Bamako, «la Bceao demande instamment aux établissements de crédit de l’Union, et en particulier ceux établis en Côte d’Ivoire, de s’abstenir de contribuer à la violation de la fermeture de ses agences en Côte d’Ivoire». Autrement dit, le gouverneur par intérim demande aux banques et établissements financiers de contribuer à assécher l’économie ivoirienne, qui représente pourtant environ 57% du marché financier et plus de 50% du marché monétaire dans la zone Uemoa. Et il les menace sans détour lorsqu’il ajoute dans ce communiqué ce qui suit : «Toute opération effectuée par un établissement de crédit avec lesdites agences (de Côte d’Ivoire, ndlr) ou dans leurs locaux, quelles qu’en soient la forme ou la motivation, est réputée contrevenir aux règles régissant l’activité bancaire dans l’Umoa et est passible de sanctions». Pire, il ajoute « Toute banque qui participerait à des séances de compensation dont les règles et les pratiques sont contraires à la convention Sica-Uemoa, enfreindrait son engagement de renonciation stipulée au préambule de ladite convention, et expose à une exclusion desdits systèmes. La même sanction est applicable à toute banque qui permettrait, au travers de son infrastructure de paiement, le règlement des soldes desdites séances de compensation». Quel acharnement contre un système financier qui fait pratiquement à lui seul vivre toute l’Uemoa ! Cependant, force est de reconnaître que ces menaces sont la preuve que la réquisition de l’agence principale et des agences auxiliaires de la Bceao en Côte d’Ivoire par décret signé du Président ivoirien, Laurent Gbagbo, qui a la réalité du pouvoir d’Etat, a désagréablement surpris le siège de la Banque centrale. Puisqu’à l’évidence, la stratégie d’assèchement financier qui avait été savamment concoctée ne semble pas prendre. Or, elle semblait être le coup de poignard pour le pouvoir Gbagbo. Hélas.
Requisition, une mesure inattendue
Ces mesures de contournement prises par les tenants du pouvoir légal en Côte d’Ivoire sont si déroutantes que les ministres des finances de l’Uemoa qui en sont conscients avaient décidé à leur dernier conseil extraordinaire tenu le 1er février à Dakar, de mise en œuvre d’un certain nombre d’actions visant à faire…plier le Président Laurent Gbagbo. Prendre des mesures à l’égard du système bancaire et des opérateurs économiques ivoiriens pour les amener à coopérer avec le «gouvernement légitime», et le cas échéant envisager des sanctions ciblées ; mettre en place un dispositif de communication pour toucher à la fois les populations locales ainsi que les acteurs sous-régionaux et les différents partenaires extérieurs de l’Union ; mettre en place une cellule de réflexion prospective pour analyser et prévoir les comportements du «Président sortant», élaborer des contredits ainsi que des messages pour soutenir les actions de la communauté, notamment l’Umoa, créer des conditions pour la non collecte des recettes fiscales et douanières au profit du «Président sortant», sont autant d’actions que le conseil des ministres de l’Uemoa a décidées le 1er février dernier contre la Côte d’Ivoire mais qu’il n’a pas eu le courage de rendre publiques. Ces mêmes ministres s’étaient engagées, en ce qui concerne la Bceao, d’être comme des oreilles et des yeux pour le «gouvernement de l’hôtel du Golf» concernant tous les actes qui seront posés dans les agences Bceao de Côte d’Ivoire, d’organiser une rencontre avec les premiers responsables des établissements bancaires et financiers de Côte d’Ivoire et leurs maisons mères, d’envisager, le cas échéant, la titrisation des titres publics de la République de Côte d’Ivoire, etc. Par ailleurs, il est envisagé de délocaliser temporairement le Conseil régional de l’épargne publique et des marchés financiers (Crepmf). Lequel vient d’ailleurs, avec la Bourse régionale des valeurs mobilières (Brvm), d’être réquisitionnés par décret à l’instar des agences Bceao de Côte d’Ivoire.
à vouloir trop pousser le bouchon...
Tout porte donc à croire qu’en fait, la Côte d’Ivoire est poussée hors de l’Uemoa et de son institut d’émission qu’est la Bceao. Certes, les autorités ivoiriennes sous la conduite du Président Laurent Gbagbo affirment que sortir de la Bceao n’est pas idéale, mais si le pays y est contraint, la Bceao pourrait poursuivre sa marche uniquement avec les sept autres Etats membres. En d’autres termes, la Côte d’Ivoire serait dans l’obligation d’envisager d’autres voies solitaires. «Si vous êtes privé de votre mère, vous pouvez téter votre grand-mère» dit l’adage africain. «Le fait de pousser la Côte d’Ivoire hors de l’Union va casser cette union bâtie par nos pères fondateurs» regrette un averti de la vie économique et monétaire ouest-africaine. Car, explique-t-il, toute perturbation de l’économie ivoirienne rejaillira automatiquement et dramatiquement sur l’économie de toute la sous-région. D’abord parce que les réserves de changes centralisées au compte d’opération au trésor français et constituées de devises issues des exportations des pays de l’Uemoa (zone franc) sont constituées au tiers (1/3) par la seule Côte d’Ivoire, de même qu’il participe pour le tiers (23 milliards de Fcfa) aux prélèvements communautaires de solidarité (Pcs). Ensuite parce que les fondamentaux de l’économie ivoirienne sont solides et peuvent résister à tous chocs extérieurs. En plus, le marché ivoirien étant dans la sous-région rentable aucun homme d’affaire sérieux ne voudrait le rater sous quelque prétexte que ce soit.
Gooré Bi Hué