Afrique: Comment le Niger et le Burkina Faso ont contribué à l’offensive de l’armée malienne sur Kidal

Par RFI- Afrique Comment le Niger et le Burkina Faso ont contribué à l’offensive de l’armée malienne sur Kidal.

Au Mali, de nouveaux éléments apparaissent progressivement sur l’offensive de l’armée malienne qui a conduit à la prise de Kidal, ce mardi, face aux rebelles du CSP (Cadre stratégique permanent). Les soldats maliens ont mené cette opération, couronnée de succès, avec leurs supplétifs russes du groupe Wagner. Ils ont aussi bénéficié de moyens militaires mis à disposition par leurs alliés du Niger et du Burkina Faso.

Par :
David Baché

Le Niger a prêté un avion-cargo et peut-être aussi - les sources divergent sur ce point - un avion de chasse. Le Burkina Faso un drone, ou au moins des munitions pour des frappes de drone. Les deux pays ont également dépêché des officiers au poste de commandement de l’armée malienne basé à Gao.

Ces informations ont été recoupées auprès de sources sécuritaires maliennes, burkinabè, ainsi qu’auprès des rebelles du CSP et de plusieurs « observateurs » suivant de très près les activités militaires des pays

Caractère concret de l’AES
Ni Bamako, ni Niamey, ni Ouagadougou n’ont communiqué officiellement sur ces contributions et, sollicitées par RFI, les armées de ces trois pays n’ont apporté aucune réponse.

Cette collaboration militaire est pourtant en parfaite cohérence avec les objectifs affichés de l’Alliance des États du Sahel (AES). Créée par le Mali, le Niger et le Burkina - dont les autorités actuelles sont toutes issues de coups d’État militaires - en septembre dernier, l’AES est une forme de pacte de défense contre le terrorisme, mais aussi contre les rébellions armées.

L’article 6 de la charte prévoit en effet que « toute atteinte à la souveraineté et à l'intégrité du territoire d'une ou plusieurs parties contractantes sera considérée comme une agression contre les autres parties et engagera un devoir d'assistance et de secours de toutes les parties, de manière individuelle ou collective, y compris l'emploi de la force. »

L’appui fourni par le Niger et le Burkina pour l’offensive malienne vers Kidal démontre donc le caractère concret de cette nouvelle alliance militaire, et lui confère même une réalité de terrain.

Discrétion
Pourquoi alors cette discrétion ? Pourquoi les trois pays de l’AES n’ont-ils pas davantage médiatisé cette collaboration ? Peut-être d’abord parce que cet appui, quoique réel, peut également sembler très modeste : l’appui aérien a sans aucun doute été précieux, mais il demeure très limité, et aucun soldat nigérien ni burkinabè n’a été envoyé au combat.

Peut-être également pour ne pas provoquer les populations touaregs du Niger et risquer une importation du conflit de l’autre côté de la frontière. Ou encore pour ne pas donner l’impression qu’il a fallu aux Fama (Forces armées maliennes) l’appui cumulé des mercenaires russes de Wagner et des armées de deux pays alliés pour faire plier les rebelles du CSP - un message que véhiculent d’ailleurs les rebelles eux-mêmes, pour « relativiser » leur défaite.

« Nous mènerons ces combats ensemble »

En tout état de cause, seuls trois États ont félicité le Mali après la prise de Kidal : le Niger, le Burkina et la Russie. « Il reste encore du chemin à parcourir pour la reconquête de l’intégrité territoriale de nos États, concluait même mardi dernier le communiqué des autorités burkinabè. Mais nous mènerons ces combats ensemble. »

Le CNSP nigérien a employé dans son communiqué une formule comparable, qui ne révèle rien de la contribution réelle fournie à l’armée malienne pour son offensive vers Kidal, mais qui promeut la nouvelle alliance militaire formée par les trois pays du Liptako-Gourma.

Ces messages de félicitations suscitent d’ailleurs la colère des rebelles du CSP qui déplorent, dans un communiqué diffusé jeudi soir, que le Niger, le Burkina et la Russie « participent ouvertement » aux combats « par leurs ressources humaines et matérielles », alors qu’ils font eux-mêmes partie de la médiation internationale pour le suivi de l’accord de paix de 2015. Accord dont il n’est plus à démontrer qu’il a volé en éclat depuis - au moins - deux mois.